Liao Yiwu : Dieu est rouge

Dieu est rouge. L’histoire secrète de la survie et du rayonnement du christianisme dans la Chine communiste
Liao Yiwu
Books Editions, 2014, 460 p., 24 €

L’auteur est l’un des poètes majeurs de l’avant-garde intellectuelle chinoise. Né en 1958, écrivain dissident, poursuivi et emprisonné, il quitte finalement sa patrie en 2011. Ses livres sont interdits en Chine. Voici donc le dernier, Dieu est rouge, cette couleur n’étant pas celle du communisme mais au contraire du sacrifice flamboyant de ses opposants ! Et la vingtaine de chapitres de ce livre fascinant nous conduit vers de hautes figures de la résistance chrétienne au régime. Il est dit quelque part que, « conformément aux directives officielles, l’Église de Dieu était devenue une Église sans Dieu ».
Liao Yiwu ne se réclame pas du christianisme mais il en découvre la vitalité souterraine à la rencontre de quelques croyants exemplaires. Un médecin « aux pieds nus » qui soigne pauvres et malades, un vieillard qui médite sur la souffrance, des Églises de famille, des prisonniers qui n’ont qu’une petite Bible comme nourriture, etc. Les rencontres plus ou moins clandestines avec des croyants très divers seraient une illustration parfaite de l’affirmation de saint Paul : « Je n’ai pas honte de l’Évangile, il est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rm 1,16).
Comme souvent dans le christianisme, il y a deux Églises, mais ici ce ne sont pas la catholique et la protestante, mais l’officielle agréée et surveillée et la clandestine libre et résistante. Les frontières confessionnelles de l’Occident sont brouillées, et pour ce petit peuple de croyants exemplaires (cinquante millions sur un milliard ?) culte ou messe, temple ou église, pasteur ou prêtre sont des lieux et des services de l’Évangile annoncé aux pauvres. Un point c’est tout. Quand il n’y a qu’un pasteur pour un district, comme dans la province paysanne du Yunnan, il rassemble les doyens et les diacres de toutes les communautés locales pour célébrer avec eux la Cène qu’ils apporteront ensuite aux plus éloignés.
Mais ce sont la lecture de la Bible et la prière personnelle qui tiennent la foi de ces chrétiens cachés. Ils ont une résistance morale et spirituelle, mais aussi corporelle et physique, qui confond nos fragilités entretenues et nos témoignages frileux.
Le témoignage pathétique rendu à ce peuple est servi par une écriture vive, non sans humour et poésie. On dévore ce livre comme on est dévoré par lui. A la manière de nos anciennes lectures de Soljenitsyne, Une journée d’Ivan Denissovitch et L’Archipel du Goulag. Au pays des Ming et des Tsars, le ciel est rouge. Mais la terre verdit sous l’espérance et la résistance de ces vrais témoins de l’Évangile. Lisez donc cette histoire vraie de leur survie et de l’essor du christianisme en Chine, de Mao à Xi Jinping.
Compte-rendu de Michel Leplay, paru dans la revue LibreSens n°220 de juillet-août 2015