Christophe Pons : LES ÎLES ENTHOUSIASTES

Les îles enthousiastes
Ethnologie des évangélistes aux îles Féroé et en Islande (XXe siècle)
Christophe Pons
CNRS, 2014, 189 p., 25 €

Ce livre, œuvre d'un anthropologue, est la description très détaillée des milieux évangéliques en Islande et dans les îles Féroé. Il s'agit d'Églises de type congrégationaliste vivant en marge des grandes Églises luthériennes plus ou moins officielles. L'auteur présente de façon très vivante des personnalités parfois hautes en couleurs, comme le dénommé Olafur qui lui a raconté ses « visions » : il a vu le Seigneur ; « pris d'un doute, il lui a demandé si c'était bien à lui qu'il s'adressait et le Père de Jésus acquiesça ». Plus tard, ce fut mieux encore : il fut transporté comme dans un rêve auprès de femmes qui entouraient le corps de Jésus. Il paraît qu'en Islande cette sorte de témoignage n'étonne pas. Le livre est riche aussi en descriptions de cultes pentecôtistes : « Les gens tombaient à terre en masse, guérissaient mais ne pouvaient se relever. Certains riaient sans pouvoir contenir la joie qui les envahissait. »
Les chrétiens de ces Églises tiennent beaucoup à ne pas être confondus avec ceux qui le sont par habitude ou héritage : ces derniers, on ne les voit au culte que lors des fêtes, ils boivent, ils fument, ils divorcent… Eux sont chrétiens par conversion et cela se voit : « Peu à peu, le converti devient souriant, lumineux, exalté. » Ils sont engagés dans le combat pour Jésus. Ce sont les « enthousiastes ». Mais, observe l'auteur, à refuser les non-convertis, ils tournent facilement à la secte.
L'auteur examine particulièrement le problème de la conduite de la communauté. Il va de soi qu'elle est le fait de Dieu. Et quand un homme est porté à sa tête, ce n'est pas lui qui a revendiqué cette place, c'est Dieu qui l'y a mis. Aussi les paroissiens ne sont qu'admiration et dévotion pour cet « homme bon » qui les conduit. Il serait évidemment mal venu qu'ils le critiquent ou le contestent. Ainsi passe-t-on sans peine de la fraternité des égaux à la dictature de l' « humble dirigeant ».
Autre problème : on veut certes la démocratie. Dès lors, il y a concurrence pour être élu, donc des rivalités ; et ça, dans les Églises, on n'aime pas. Que faire ? Éviter les sujets qui fâchent, d'où une paix alourdie par les choses cachées. Tôt ou tard, le malaise éclate. La solution ? L'un des partis s'en va ; une nouvelle Église est fondée. L'éparpillement des protestants est sans limite.
Tels sont quelques uns des problèmes soulevés par un observateur qui n'est pas malveillant. La lecture faite, on se dit : et si un anthropologue examinait nos paroisses de France de semblable manière, qu'est-ce que cela donnerait ?
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°221 de septembre-octobre 2015