Jean-Daniel Causse : FIGURES DE LA FILIATION

FIGURES DE LA FILIATION
Jean-Daniel Causse
Cerf, 2008, 124 p., 20 €

A une époque où le couple est fragilisé et où l’enfant a tendance à devenir l’élément stable de la famille, cette réflexion sur la filiation propose une nouvelle compréhension des relations avec nos proches... et avec les personnes plus lointaines.
L’A. a la particularité d’être à la fois un spécialiste en théologie et en psychanalyse - professeur d’éthique à l’Institut protestant de théologie de Montpellier, mais aussi directeur du département de psychanalyse de l’Université Paul-Valéry de cette même ville.
Dans cet ouvrage, il nous propose un parcours original qui part du texte de Freud Totem et Tabou (1913) dont la thèse centrale est : l’être humain advient au monde humain par le meurtre du « Père ». Ce mythe nous aide à penser l’idée d’un passage de la nature à la culture, mais aussi à nous situer comme « fils » et « filles » d’un « père », donc à prendre place dans la chaîne des générations.
Puis très vite, l’A. aborde l’histoire d’Abraham, père des Nations, remarquablement analysée, avec cette mort du bélier qui concerne aussi la figure de Dieu - le père - qui doit mourir afin que naisse une autre paternité et une autre filialité. Voilà qui est passionnant : ce double éclairage, théologique et psychanalytique, qui renouvelle notre compréhension du texte biblique... et du monde aussi ! De même, le récit de la Tentation du Christ nous éclaire sur le désir d’autosuffisance de l’homme - que l’on trouvait déjà dans la scène du serpent au jardin d’Eden.
Bien d’autres récits sont ainsi analysés au cours de ce périple qui nous mène à une autre approche de la filialité, mais aussi de la fraternité et de la sexualité. Est-ce un livre de théologie ? Plutôt le livre d’un théologien qui est aussi moraliste et philosophe (et du reste, il cite une quantité impressionnante de « penseurs »).
Mais ce qui est le plus remarquable dans ce petit livre très dense, c’est la qualité de la réflexion, du décryptage des textes avec cette approche lacanienne enfin « humanisée », abordable, compréhensible, voire lumineuse. La question de la filiation c’est aussi celle de notre héritage symbolique en tant que fils et filles : chacun dépend de tout un réseau symbolique, toujours culturellement situé, qui le précède et l’institue dans son humanité. L’héritage peut sembler lourd par moment, mais pour l’A. il reste toujours un espace de liberté qui permet à chacun « d’advenir dans la nouveauté de son être » !
Voici un livre intéressant, dense, exigeant, un livre qui parle de l’essentiel pour chacun d’entre nous, un livre sur les relations familiales dans leur complexité, sans concession, et cependant un livre optimiste, ouvert sur l’avenir.
Compte-rendu de Françoise Gougne, paru dans la revue LibreSensn°184, juillet-août 2009