Ces protestants que l'on dit Adventistes. Sous la direction de Fabrice Desplan et Régis Dericquebourg

Ces protestants que l'on dit Adventistes
Sous la direction de Fabrice Desplan et Régis Dericquebourg
L'Harmattan, 2008, 250 p., 24,50 €

Ce livre rassemble les communications de dix sociologues et historiens, présentées en 2007 à l'occasion d'une journée d'étude sur l'Église adventiste qui venait d'entrer à la Fédération Protestante de France.
« L'Église adventiste du septième jour » est née au milieu du XIXe siècle dans le cadre de l'effervescence religieuse que produisirent alors, en milieu protestant, les mouvements de Réveil. Elle a pour origine un pasteur baptiste et millénariste, William Miller, qui avait prévu la fin du monde pour 1843. C'est après l'échec de cette prédiction que l'adventisme a commencé de prendre forme à partir des « visions » qu'une femme, Ellen White, a fait connaître à ses proches. Le mouvement est devenu religion établie autour de 1870 et a essaimé à travers le monde au XXe siècle. L'Église adventiste rassemble 11000 pratiquants en France métropolitaine et 33000 dans les DOM-TOM où elle représente la minorité religieuse dominante. Elle a toute une organisation paroissiale, pastorale (avec un centre de formation à Collonges-sous-Salève, en Haute Savoie), des écoles, des associations caritatives.
A certains égards, les Adventistes sont proches des Évangéliques : une foi faite plus de convictions que de doutes, importance attachée à la conversion, congrégationalisme poussé. Mais ils s'en distinguent par la spécificité de certaines croyances ou pratiques : attente fervente du « retour du Christ », respect du sabbat (« mémorial de l'amitié de Dieu »), à quoi s'ajoute l'étrange attention portée aux écrits de la prophétesse Ellen White. Ils s'en distinguent surtout par des prises de position d'un libéralisme inattendu. Il ne faut pas de credo, disent-ils, parce que la Bible suffit et qu'il faut laisser à chaque génération la liberté d'adapter la bonne nouvelle aux conditions dans lesquelles elles vivent.
Deux préoccupations font la singularité de ce courant protestant longtemps méconnu. D'abord l'importance donnée au souci de l'hygiène et de la santé, avec l'idée très biblique de l'unité de la personne qui est corps et esprit sans disjonction possible. Ainsi les fidèles sont-ils invités à s'abstenir d'alcool, de tabac et de viande. Ensuite le très vif souci de la liberté religieuse pour laquelle les Adventistes n'ont cessé de militer, ceci par conviction profonde, mais aussi pour contrer la propension de l'État à voir partout un danger de sectes.
Telles sont les données qui ont alimenté la réflexion des membres de la Fédération Protestante de France au moment d'accepter ou non la candidature de l'Église adventiste. Si l'adhésion a pu finalement se faire c'est que les deux partenaires ont fait mouvement l'un vers l'autre, pas seulement pour des raisons de stratégie, mais aussi par conviction. Il fut alors officiellement admis que l'Église adventiste appartenait bien à la famille protestante. Ce livre éclaire utilement ceux qui savent peu des Adventistes. Plusieurs bibliographies permettent de pousser la recherche.
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°183, mai-juin 2009