Michel Deneken, Elisabeth Parmentier : Pourquoi prêcher

Pourquoi prêcher
Michel Deneken, Elisabeth Parmentier
Labor et Fides, 2010, 272 p., 29 €
Ces « plaidoyers catholique et protestant pour la prédication » tiennent leur promesse d’inventaire descriptif de la situation et des procédures en cours de la prédication chrétienne. Celle-ci a été désignée par plusieurs termes dont le sens s’explicite et s’exclut au long du parcours de nos deux théologiens. La « prédication », donc, dont Karl Barth s’était demandé, non pas quoi ou comment prêcher, mais si la prédication est « possible ». Sa détresse et sa promesse sont donc ici examinées avec un soin universitaire et un sens pastoral dont il faut se féliciter. La prédication est bien un acte singulier dans la transmission de l’Évangile comme pour le rassemblement et l’envoi de la communauté chrétienne. Certes, la Réforme protestante a mis l’accent sur la priorité de la prédication évangélique tandis que la tradition catholique a gardé la bipolarisation « parole-sacrement » avec une certaine prédilection pour la centralité de celui-ci.
Le projet oecuménique des deux auteurs en dialogue est celui d’une « réconciliation des Églises qui n’efface pas les différences, mais les rend fructueuses ». Il est vrai qu’au long cours des chapitres et de leurs courts paragraphes à deux voix, les différences apparaissent peu. Elles concernent en premier lieu, sinon exclusivement, la légitimité ecclésiale des prédicateurs : pasteurs ou anciens dans le protestantisme, avec délégation synodale, prêtres ou diacres dans le catholicisme, selon une ordination épiscopale bien ordonnée. Mais si on considère la prédication dans son origine biblique, la mission apostolique, et son but, l’annonce du Royaume, chaque tradition donne bien priorité absolue au témoignage transmis de l’Écriture. Certes, les protestants le développent à l’aide de leurs textes symboliques, luthérien et réformé, tandis que les catholiques s’alignent sur les indications doctrinales et catéchétiques du magistère relayées par les diocèses. On aurait pu évoquer aussi, selon le mot prêté à Oscar Cullmann, que le prédicateur chrétien a la Bible dans une main et le journal dans l’autre. Au risque, comme disait Georges Casalis, « qu’une bonne prédication fasse toujours un peu mal ».
Deux remarques d’ensemble pour conclure la présentation de ces études de haut niveau mais d’accès facile. D’abord, dans la bibliographie homilétique qui signale une quarantaine d’auteurs consultés à plusieurs titres, une grande majorité est de langue allemande (Alsace oblige !) et en moindre nombre quelques bons Suisses, mais très peu de Français, cités pour mémoire, dans les notes 2 et 3 du premier chapitre.
Ensuite, et surtout, la protestante et le catholique soulignent en conclusion leur spécificité confessionnelle (qui concerne la forme institutionnelle du ministère de prédicateur et non le contenu évangélique unanimement chrétien de la prédication). Les « propositions de conversion » pour moins de subjectivité bibliciste chez les protestants, pour moins de standardisation dogmatique chez les catholiques sont dans l’esprit du Groupe des Dombes auquel appartiennent nos deux auteurs. Leur exigeant, chaleureux et lucide dialogue serait à partager avec tous les professeurs de théologie de France et de Navarre, ceux des paroisses et peut-être plus encore ceux des émissions de radio et de télévision, de la fière originalité des pasteurs à la conviction modulée des prêtres. « Être pris par la Parole, plutôt que la prendre », en toute simplicité ne pas tenter de tout dire, tendre à l’universel par la parabole et au quotidien par l’interpellation. Car l’Église, qui est passée de la parole faite chair à l’Écriture papier, peut et doit repasser de ce qui a été écrit à sa proclamation. Parfois une sorte de cri.
Compte-rendu de Michel Leplay,
paru dans la revue LibreSens n°191, septembre-octobre 2010