Catherine et Yonathan Lévy : Pasteure - rabbin. Une foi à deux voix

Pasteure - rabbin. Une foi à deux voix
Catherine et Yonathan Lévy 
Cerf, 2010, 249 p., 19 €

Deux voix se répondent l’une à l’autre en écho. Visiblement ils s’aiment, se respectent, se complètent, nuancent leurs différences tant au plan de la sensibilité que de la pensée. Le récit commence par la rencontre entre une femme pasteure et un rabbin qui se découvrent, s’aiment et se marient, prenant le risque d’aller à contre-courant de leurs communautés respectives. Si l’Eglise réformée s’avère ouverte et intéressée par l’expérience, le rabbinat s’avère intraitable, allant jusqu’à démettre Yonathan de ses charges. Le couple assume les conséquences de cet amour ressenti comme contre-nature par les autorités juives souvent mesquines, sans céder à la rancœur ou la haine.
La deuxième partie est riche d’enseignements pour les protestants et pour les juifs qui découvrent par mille détails en quoi les cultures respectives diffèrent. Très courageusement chacun des auteurs donne son point de vue sur les problèmes de notre société. Ainsi l’on apprend quelle est la position d’une pasteure et d’un rabbin sur quantité de sujets comme la femme, l’I.V.G., les mères porteuses ou l’homosexualité, la violence et l’immigration. Ceci permet de comprendre en quoi protestants et juifs peuvent être sur la même longueur d’onde quand ils sont libérés de tout dogmatisme.
Yonathan est passé de l’orthodoxie pure et dure à la théologie libérale. Son parcours et ses analyses révèlent l’extraordinaire diversité du judaïsme. Avec une grande ouverture, sa réflexion apprend aux protestants ce que les juifs ne peuvent admettre du christianisme et combien Jésus était juif. Les protestants constatent que le légalisme auquel Paul s’opposait demeure une réalité indestructible au nom sans doute de la tradition et de la sauvegarde de l’identité juive.
La sincérité et la foi profonde de l’un et l’autre est un témoignage qui émeut. Cette aventure spirituelle hors du commun n’aurait pu être sans l’amour. Elle n’aurait pu naître dans un autre milieu que celui du libéralisme, loin de tout sectarisme. Démonstration est faite que le protestant peut aller vers les juifs car il a besoin d’eux comme le dit Catherine, cependant que Yonathan explique pourquoi il peut oser dire maintenant que Jésus est son frère. Ils ont décidé d’aller vivre en Israël. Au pied du mur de la désolation, ils vont côtoyer le cynisme de tous ceux qui bafouent les valeurs spirituelles qui faisaient la grandeur d’Israël. Vont-ils pouvoir y rester sans se renier ? C’est un nouveau challenge qu’on leur souhaite de réussir aussi bien que ce premier bilan.
Compte-rendu de Hugues Lehnebach, paru dans la revue LibreSens n°192, novembre-décembre 2010