Daniel Bourguet : SUR LES BORDS DU JOURDAIN

SUR LES BORDS DU JOURDAIN. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit
Daniel Bourguet
Olivétan (Veillez et priez), 2016, 167 p., 14 €

Quand un bibliste chevronné comme Daniel Bourguet, vivant sa spiritualité au contact de ceux qui viennent se ressourcer auprès de lui dans son ermitage cévenol, se propose de nous faire partager le mystère de la Trinité, on se réjouit d’avance du parcours spirituel qu’il nous invite à faire avec lui.
Dans ce bref ouvrage, il ne sera pas question d’histoire du dogme de la Trinité, de sa pertinence ou de sa contestation, ou encore de sa formulation aux cours des siècles. L’auteur prend le parti de se situer en amont, au moment où le mystère de la Trinité, comme il aime à le nommer, se dessine dans les textes bibliques, en particulier lors du baptême de Jésus.
Partant de la rencontre de Jésus avec Thomas (Jean 20), D. Bourguet analyse ensuite avec beaucoup de finesse les récits du baptême de Jésus chez Marc, Matthieu et Jean, après un détour par les principaux textes des épîtres du NT témoignant de la divinité du Christ, pour laisser mûrir dans l’esprit de ses lecteurs la conviction qu’il a lui-même perçue et éprouvée : « la divinité du Christ n’est pas une vérité qui s’impose à la raison humaine (…) ; elle est un mystère divin qui est donné par révélation et par illumination de l’intelligence ; c’est l’Esprit saint et Dieu le Père qui donnent aux hommes de s’ouvrir à ce mystère ». L’exemple de Thomas reconnaissant en Jésus son Seigneur et son Dieu est l’archétype de la foi en la Trinité.
D. Bourguet propose une double démarche, structurant les cinq chapitres de son ouvrage : celle d’une lecture exégétique et spirituelle, attentive à tous les méandres des textes des évangiles, puis une retraduction des résultats acquis dans le style contemplatif d’une prière imaginaire du disciple André, dans le jardin de Gethsémané, prière permettant d’approfondir la relation avec le Christ et forger la Trinité comme une conviction solide. Quelques longueurs et de nombreuses reprises n’enlèvent rien à l’originalité de ce nouvel opuscule dans la série « Veillez et priez » publié chez Olivétan pour l’édification et l’éducation du peuple chrétien.

Compte-rendu de Daniel Bach, paru dans la revue LibreSens n°229 de janvier-février 2017

Nicolas Cadène : 50 NOTIONS CLÉS SUR LA LAÏCITÉ POUR LES NULS

50 NOTIONS CLÉS SUR La laïcité pour les nuls
Nicolas Cadène
First Editions, 2016, 238 p., 8,95 €

Ce livre est l'œuvre d'un juriste responsable d'un service de l'État, l'Observatoire de la laïcité. Son objectif est limité : il ne s'agit pas d'évoquer les problèmes de la laïcité en France et les différents courants qui s'en saisissent. Il est seulement de fournir une sorte de vade-mecum à toute personne désireuse de connaître l'état précis de la législation française sur ce sujet. L'auteur y parvient par le moyen de cinquante rubriques brèves, chacune traitant d'un point particulier.
On peut distinguer deux parties. La première est un historique de la laïcité : du Moyen Âge, quand elle n'existait pas, à nos jours, en passant par l'Édit de Nantes, la Révolution, les lois de la IIIe République, la question du voile, etc. Pour prendre l'exemple du XIXe siècle, on découvre qu'il y eut plus que les événements célèbres comme la Déclaration de 1789 ou la fondation de l'école laïque, mais aussi, sous Bonaparte, le code civil règlementant le mariage et le divorce en contradiction avec le droit canon, l'autonomie des lycées par rapport à l’Église ; sous la Restauration le maintien de la liberté religieuse, même si, par ailleurs, le catholicisme redevint alors « religion d'État ».
La deuxième partie traite de problèmes particuliers comme de savoir ce que les pouvoirs publics peuvent ou non subventionner, la distinction en matière de règles selon qu'on est dans l'espace privé, dans l'espace public, dans des entreprises ou des services sociaux (par exemple, que faire à l'hôpital, à l'école, au cimetière ?) Sont évoquées aussi les limites nécessaires à la liberté d'expression, les problèmes liés aux sectes, les cas particuliers d'Alsace et de certains Territoires d'Outremer, l'existence des aumôneries.
Sans prétention, ce modeste ouvrage peut rendre bien des services.
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°228 de novembre-décembre 2016

Marie Huber : UN PURGATOIRE PROTESTANT ?

Un Purgatoire protestant ?
Essai sur l'état des âmes séparées des corps
Marie Huber
Labor & Fides, 2016, 317 p., 26 €

Ce livre nous présente la pensée théologique d'une femme, Marie Huber, protestante qui vécut entre Genève et Lyon dans la première moitié du XVIIIe siècle et dont les œuvres sont demeurées longtemps anonymes. La première est un essai paru en 1731 intitulé Sentimens differens de quelques théologiens sur l'état des âmes séparées des corps. Comme ce titre l'indique, il s'agit de considérations sur le sort dans l'autre monde des personnes décédées. Marie Huber expose son point de vue en quatorze lettres qui sont ensuite l'objet de discussions abondantes et, disons-le, confuses. Pour notre bonheur, l'introduction d'Yves Krumenacker, historien professeur à l'université de Lyon, facilite la compréhension de l'ensemble.
Marie Huber refuse l'idée que la justice de Dieu ferait obstacle à sa bonté. Dieu est un être bienfaisant qui veut tout le bonheur de ses créatures. Elle entreprend de le démontrer à l'aide de nombreuses références bibliques qu'évidemment il faut savoir comprendre : « Ce que je sais de la spiritualité de Dieu nous empêche d'entendre à la lettre ce qui est dit de ses yeux, de ses mains, de ses narines, de sa colère, du feu éternel. Il faut ne recevoir à la lettre que ce qui s'accorde avec les vérités fondamentales, par exemple que Dieu a fait don de son Fils à tous les hommes. »
Dès lors, elle refuse que l'on classe les hommes en deux catégories, les élus et les damnés, car la majorité d'entre eux se trouve entre le bien et le mal. À ses yeux, il n'y a pas de véritable enfer, mais un lieu où les âmes sont appelées à se purifier et où les souffrances qu'elles endurent ne sont pas le fait de Dieu, mais le résultat de ce qu'elles ont elles-mêmes semé dans leurs vies antérieures et dont elles prennent lentement conscience. En tout état de cause, il ne s'agit sûrement pas d'un séjour éternel.
Cette conception fut vivement contestée, surtout en pays luthérien. Dire cela, n'était-ce pas encourager la licence ? Surtout, c'était faire bon marché du salut par la seule grâce. C'était enlever à la mort de Jésus sa vertu salvatrice. Et puis cela revenait à réintroduire ce Purgatoire que l'on avait si vivement reproché aux catholiques.
En fait, Marie Huber était à l'avant-garde d'une conception neuve du christianisme. Voilà que les priorités changeaient. Le souci du Jugement dernier, de l'Enfer déclinait. À l'inverse, l'idée de bonheur progressait : bonheur sur terre et aussi dans l'au-delà. L'accent était mis désormais sur l'agir moral et sur les péchés individuels, sur la conscience qui seule importait. Telle est, par exemple, la spiritualité de Jean-Jacques Rousseau écrivant la Profession de foi du vicaire savoyard, croyant plus à la « religion naturelle » et conforme à la raison qu'à la religion révélée. Nous sommes dans la culture des Lumières, en pleine ascension. Le protestantisme s'en trouve bousculé. Calvin, la Prédestination ne sont plus reçus comme jadis et l'on voit des pasteurs assurant que le salut par la seule grâce, cela ne se peut ; il y faut aussi l'effort humain.
Paul Hazard parlait dans son livre célèbre de « la crise de la conscience européenne ». Celui de Marie Huber nous présente un aspect de cette crise que peu d'entre nous soupçonnaient.

Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°229 de janvier-février 2017

Jean Baubérot et le Cercle des Enseignant.e.s laïques : PETIT MANUEL POUR UNE LAÏCITE APAISÉE

PETIT MANUEL POUR UNE LAÏCITÉ APAISÉE
à l'usage des profs, des élèves et de leurs parents
Jean Baubérot et le Cercle des Enseignant.e.s laïques
La Découverte, 2016, 235 p., 12 €

Voici un petit livre qui sera très utile à tous ceux que préoccupe, dans leur vie de tous les jours, la question de la mise en œuvre de la laïcité. Une introduction explique pourquoi ce petit livre a été écrit : une réflexion et une réponse à des situations vécues par les auteurs dans leur vie d'enseignants en Seine-Saint-Denis : quelle conduite avoir en face de cas concrets de refus de « l'autre », quel qu'il soit ?
Après un exposé historique sur la situation à la fin du XIXe siècle et sur les raisons qui, à l'époque, ont conduit à la loi de 1905, 14 questions de principe puis 13 questions de pratique sont posées, avec des réponses de moins de 10 pages chacune : cela est très près de la vie quotidienne, plus particulièrement la vie dans une école. À la fin de chaque chapitre, une ou deux références bibliographiques permettent d'aller plus loin.
Sur les principes, quelques titres de chapitres : « La laïcité à l'école est-elle une exception française ? » ; « Le combat pour la laïcité a-t-il été aussi le combat pour l'égalité hommes-femmes ? » ; « Pourquoi l'islam est-il au centre des débats contemporains sur la laïcité ? », etc.
Quelques questions pratiques : le voile à l'école, les sorties scolaires, l'enseignement de la laïcité, l'étude des œuvres religieuses...
Un exemple : « Que faire si un.e. élève refuse un cours d'EPS pour des raisons religieuses ? » La réponse aborde en premier « le cadre institutionnel » (loi de 2004 et circulaires du 18 mai et du 13 juillet 2004) ; puis « se poser des questions pour anticiper les difficultés » (se demander si la raison religieuse invoquée n'en cache pas une autre, si les vestiaires sont bien adaptés à la préservation de l'intimité...) ; enfin sont proposées des « pistes didactiques et pédagogiques » : toujours rechercher le dialogue, « montrer que la liberté d'expression des convictions religieuses a pour limites le fonctionnement de l'établissement et l'égalité des élèves face aux enseignements ».
À utiliser sans modération !

Compte-rendu d’Antoinette Richard, paru dans la revue LibreSens n°229 de janvier-février 2017

Daniel Reivax : RAOUL ALLIER

Raoul Allier. Un prédicateur en temps de guerre (1914-1917)
« Contre la résignation »
Daniel Reivax
La Cause, 2016, 150 p., 10 €

Professeur de philosophie, membre de l'Union des Églises Évangéliques Libres, Raoul Allier (1862-1939) est, depuis le début du siècle, chargé de cours à la Faculté de théologie protestante de Paris. Il est ce que nous appellerions « un chrétien engagé ». Il adhère à la Fédération des Étudiants Chrétiens, participe à sa revue, Le Semeur. Derrière Tommy Fallot, il est parmi les fondateurs du Christianisme Social. Disciple de Charles Péguy (qui lui ouvre les colonnes des Cahiers de la Quinzaine), il soutient Dreyfus. Il s'engage en faveur de la Séparation des Églises et de l’État, défend la cause des femmes (sans vouloir cependant leur ouvrir la carrière pastorale !). Intéressé par l'action missionnaire, il prend nettement parti pour les indigènes contre les colons et défend leurs revendications nationalistes.
Survient la Guerre. Très motivé, excellent orateur, il accepte la responsabilité que lui offre la Fédération Protestante de France de faire, dans les différents temples de Paris, des conférences où sont liées l'évocation de l'actualité et l'annonce de la Parole, au titre, pourrions nous dire de « prédicateur laïc ». Plus de quatre-vingts « conférences » sont ainsi prononcées jusqu'en 1917 avec un succès constant. Allier est écouté avec d'autant plus de ferveur que le malheur qu'il évoque est aussi le sien, son fils de 23 ans ayant été tué dès le premier mois de la guerre.
Que dit Allier ? D'abord que cette guerre est « juste ». Certes, il convient de la mener sans haine, mais avec l'assurance que les Français sont dans leur bon droit car ils défendent leur liberté et leur territoire. Il n'a pas le moindre doute sur la totale responsabilité de l'Allemagne et soutient que le pacifisme reviendrait à refuser aux Belges le secours qu'ils attendent. Dans le propos d'Allier, deux thèmes se suivent incessamment : oui, la guerre est horrible, la brutalité sans limite, des innocents par milliers tombent… Mais le Christ aussi a connu tout cela et le débouché fut la Résurrection. Il faut donc être assuré que la justice est plus forte que la mort, qu'aux tribulations succédera le salut. « Alors, dit-il, ne vous complaisez pas dans votre douleur, battez-vous, résistez, tenez ferme. Vous qui êtes à l'arrière, soutenez ceux du front : donnez, écrivez, acceptez les sacrifices nécessaires... ». Raoul Allier est le témoin d'un protestantisme sortant, à l'occasion de la Guerre, de la marginalité qui a été longtemps la sienne, de plain-pied avec les Français, avec la République. Nous sommes les héritiers de ce protestantisme-là, même si, à l'évidence, nous sommes d'une autre époque et face à d'autres problèmes.
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°228 de novembre-décembre 2016


MINORITÉ ET COMMUNAUTÉ EN RELIGION

Minorité et communauté en religion
Sous la direction de Lionel Obadia et Anne-Laure Zwilling
Presses Universitaires de Strasbourg, 2016, 293 p., 26 €

Ce livre porte sur les communautés religieuses qui se trouvent en situation de minorité dans leur pays et souvent, de ce fait, en butte à l'hostilité de populations adeptes d'autres religions qui les redoutent et parfois les persécutent. Le cadre envisagé est immense : de l'Antiquité à nos jours et sur tous les continents. On devine que la motivation des promoteurs de l'ouvrage réside dans la terreur islamiste aujourd'hui présente dont une raison est, à l'évidence, la difficile cohabitation de populations aux traditions culturelles et religieuses très différentes.
Le malheur est que nous n'avons pas là l'œuvre d'un auteur mais de quatorze ! Chacun traite d'un aspect du sujet selon sa spécialité, sans trop se soucier des autres. Même si domine le thème indiqué ci-dessus, le résultat est un fouillis dont je ne sais trop quoi tirer. Voici néanmoins quelques faits, quelques idées. Je laisse de côté deux longs exposés, l'un sur l'histoire de l'Inde avec le problème du conflit des musulmans et des Hindous, l'autre sur l'évolution de l'athéisme, pour m'en tenir à ce qui suit.
D'abord ce qui se passa dans le monde romain à l'égard des juifs aux IVe et Ve siècles. Ils sont reconnus en tant que « nation » et, à ce titre, protégés, mais les positions d'autorité leur sont interdites. Puis, dans les pays conquis par les musulmans, un statut analogue fut adopté pour les chrétiens : ils sont protégés, mais doivent payer un impôt spécial, signe de leur sujétion. La situation des juifs dans l'Europe médiévale fut du même ordre, mis à part les débordements et les violences intervenus à la fin du Moyen Âge. L'irruption de la Réforme en France aux XVIe et XVIIe siècle entraîne un problème de même sorte. Pour l’Église, pas question d'admettre sa division. N'était-elle pas « le corps du Christ » ? On exclut donc la Réforme : elle n'était à ses yeux qu'hérésie. Sauf que, dans la pratique et passé le temps des guerres, il fallut bien s'arranger. Alors, dans telle ou telle ville de France, un modus vivendi fut mis en place, comme se partager les fonctions de magistrat.
Autre point fort intéressant : l'attitude complètement différente de la France et de la Grande-Bretagne face à la pénétration de minorités religieusement non conformes. En France, à la Révolution, on considéra que les juifs, libérés des interdits qui pesaient sur eux jusque là, ne pouvaient, au nom de l'égalité, jouir de droits particuliers. « Il faut tout refuser aux juifs en tant que nation, tout leur accorder comme individus », avait déclaré le comte de Clermont-Tonnerre. Dans cette ligne, la France considère aujourd'hui avec suspicion tout ce qui ressemble au « communautarisme », vu comme une menace pour l'unité de la République. La Grande-Bretagne, pour sa part, fait le choix inverse : chaque communauté s'organise à sa guise dans la limite, évidemment, du respect des lois. L'Allemagne hésite entre les deux modèles.
Ce livre est riche. Il colle parfaitement avec l'une de nos préoccupations majeures. Mais son accès est malaisé.

Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°228 de novembre-décembre 2016

LE FINANCEMENT PUBLIC DES CULTES DANS UNE SOCIÉTÉ SÉCULARISÉE

Le financement public des cultes dans une société sécularisée
Presses Universitaires de Strasbourg (Revue du droit des religions n° 1, mai 2016), 166 p.

Cette Revue, dont c’est le premier numéro, a pour ambition « d’offrir une meilleure compréhension des enjeux relatifs à l’encadrement juridique du phénomène religieux dans nos sociétés contemporaines ».
Pour chacune de ses publications, cette revue présentera « un dossier thématique rendant compte de nouveaux questionnements et problématiques », des varia concernant des recherches originales, des chroniques d’actualité.
C’est l’Unité de recherche Droit, Religion, Entreprise et Société (Université de Strasbourg et CNRS) qui propose cette passionnante et si novatrice approche du droit applicable aux religions.
Concernant ce premier numéro, son dossier de fond, « Le financement public des cultes dans une société sécularisée », présente une réflexion approfondie sur l’évolution des modes de subventionnement des cultes. Six articles examinent les statuts établis autant que les évolutions des régimes de financement public et les pratiques émergentes. Ceci en France comme en Europe.
Les varia, d’une lecture aisée, concernent ici « L’office du juge pour arbitrer les conflits en matière de normativité juridique versus religieuse », « Les limites de la liberté religieuse du détenu », « Le droit à l’objection de conscience au service militaire pour motifs religieux ».
Enfin, un ensemble de Chroniques aborde certains sujets d’actualité tels que les crèches de Noël ou le délit de blasphème. Rien de rébarbatif dans des textes instructifs marqués par l’esprit juridique de leurs auteurs.
Une belle et prometteuse Revue dont le CPED suivra avec intérêt le développement !
Compte-rendu de Pierre Reboul, paru dans la revue LibreSens n°228 de novembre-décembre 2016

Olivier Pigeaud : BIBLE ET SANTÉ

Bible et santÉ
Olivier Pigeaud
Olivétan, 2016, 116 p., 14

Olivier Pigeaud rassemble dans ce petit livre l'essentiel de ce que dit la Bible sur la question de la maladie. Il en présente, à l'aide de nombreuses références, les différents aspects : une nomenclature dans laquelle nous ne retrouvons pas toujours les correspondantes actuelles ; le ressenti des malades, leurs souffrances, leurs tristesses, mais aussi leurs espérances, leurs appels à l'aide. Il évoque l'entourage des malades dont les réactions sont souvent de rejet. Ne croit-on pas que la maladie est le fruit du péché ? De fait, certains passages montrent un Dieu qui menace de frapper, et parfois le fait. Une idée qui nous révulse et qui pourtant demeure : « Qu'ai-je fait au Bon Dieu pour attraper cette maladie ? », entendons-nous parfois.
Outre le livre de Job, deux parties de la Bible évoquent plus que d'autres la question des maladies : les Psaumes où abondent les plaintes de malades appelant Dieu à l'aide, et les hommages qu'ils lui rendent lorsque la guérison est intervenue. Et, bien sûr, les Évangiles et les Actes avec les récits de miracles, Jésus apparaissant à la fois thérapeute et prédicateur.
La fin du livre porte sur les données présentes du problème, lorsque les pouvoirs publics assurent l'essentiel des soins, ce qui, nous dit Pigeaud, ne saurait exclure l'intervention toujours nécessaire des initiatives privées et des associations rattachées aux Églises. Il ajoute, à ce propos, l'importance de la prière ; il rappelle le beau livre d'André Dumas, Cent prières possibles, avec ce début : « Mon Dieu, délivre-moi de ma maladie. »
J'apprécie sa conclusion : « Le rejet de la médecine est coupable, le mépris pour le corps dangereux… À l'inverse, la religion de la santé à tout prix est paralysante … Détachement et confiance sont nécessaires. » Une utile bibliographie se trouve à la fin, ainsi que deux annexes : l'une sur la Fondation John Bost, l'autre sur la Fondation des Diaconesses de Reuilly.
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°228 de novembre-décembre 2016

Edouard Cothenet : l’Eucharistie au cŒur des Écritures

l’Eucharistie au cŒur des Écritures
Edouard Cothenet
Salvator, 2016, 224 p., 20 €
           
Le savant et très pédagogue bibliste de Bourges nous offre un nouveau volume, très documenté mais accessible, sur la Cène. Parmi tant d’autres études sur le sujet, il s’attache particulièrement à monter la multiplicité et la conjonction de nombreuses données bibliques éclairant l’Eucharistie.
La première moitié du livre est en effet consacrée aux textes de l’Ancien Testament qui préparent et éclairent la Cène, tant en ce qui concerne l’Alliance que dans le domaine riche et varié des sacrifices, ces derniers compris, à la façon d’Alfred Marx, comme des actes de communion. On est étonné du nombre de textes vétérotestamentaire abordés, auxquels s’ajoutent bien des données intertestamentaires.
La seconde partie étudie les textes du Nouveau Testament, éclairés par ceux de l’Ancien, par les Pères de l’Église… et par les données exégétiques actuelles. Elle comporte un chapitre sur la Cène dans les Évangiles, mais aussi sur les repas et la convivialité de Jésus, un autre sur Paul et les agapes, et un sur la lettre aux Hébreux. Ils sont complétés par un chapitre sur le concept de sacrifice spirituel.
La conclusion prône une compréhension peu rituelle, très spirituelle et existentielle, voire sociale, de l’Eucharistie. Elle est suivie d’exemples de commentaires patristiques qui vont nettement dans ce sens.
Un très bel exemple de travail utilisant parfaitement les ressources de l’intertextualité !
 Compte-rendu d’Olivier Pigeaud, paru dans la revue LibreSens n°228 de novembre-décembre 2016

Marion Muller-Colard : LE COMPLEXE D’ÉLIE

Le complexe d’Élie. Politique et spiritualité
Marion Muller-Colard

Labor et Fides, 2016, 172 p., 16 €

L'auteure a investi une montagne pour se faire bergère et théologienne...Elle a souhaité faire un pas de côté par rapport à notre monde tourmenté et ceux et celles qui sont censées l'améliorer : les politiques.
C'est pourtant l'histoire d'une rencontre entre une théologienne protestante et un homme politique. Un coup de téléphone plein d'émotions va interroger sa vie mais aussi son regard sur l'organisation de notre société. La Politique fait son retour dans ses interrogations, du moins celle qui « fait avec les gens », qui transforme « le je en nous ».
L'auteure fait appel aux prophètes bibliques à qui elle sait donner un ton contemporain, pour comprendre ou du moins interroger notre XXIe siècle. Le grand mérite de l'auteur est de rendre accessible les textes bibliques sans artifice, de dire son amour de Dieu avec force mais sans ostentation pour mieux servir cet éveil à la vie démocratique. Ces prophètes qui auraient envie de se taire, de fuir le monde sont pourtant ceux qui ont été choisis pour porter une parole, libérer leur peuple, bouleverser les habitudes et les croyances. « L'évangile et la démocratie sont toujours à mettre au monde ».
Ce livre questionne tout autant les lectrices et lecteurs qui auraient délaissé la spiritualité pour le « monde réel » de la politique que le croyant qui aurait délaissé la vie citoyenne... Sans culpabiliser, l'auteure fait part au contraire de ses doutes, de ses interrogations, espoirs et évolutions avec simplicité et humour. Elle ose aussi interroger sa responsabilité, la nôtre aussi dans ce monde à partir d'une rencontre avec un homme sincère, portant une volonté et ses propres interrogations.
Exprimer un petit regret : nous aurions aimé en savoir plus sur cette rencontre avec cet élu, mais peut-être est-ce pour d'une part aiguiser notre curiosité et l'espoir d'un second tome et d'autre part nous inviter à prendre notre part dans le réenchantement du monde en alliant Politique et spiritualité, en fuyant cynisme et prosélytisme. C'est une invitation à vivre avec intensité nos propres rencontres. Un livre rafraîchissant et porteur d'espoir.

Compte-rendu d’Alain  Amedro, paru dans la revue LibreSens n°226 de juillet-août 2016